Qu’est-ce qu’un (bon) citoyen ?

« Les membres […] d’un Etat s’unissant en vue de la législation s’appellent des citoyens (cives) »

Kant, Doctrine du droit

« De quoi fait profession le Citoyen ? De n’avoir aucun intérêt personnel, de ne jamais délibérer comme s’il était isolé, mais d’agir comme le feraient la main ou le pied s’ils pouvaient raisonner et comprendre l’ordre de la nature : ils n’auraient jamais ni aspiration ni désir sans les rapporter au tout. »

Epictète, Entretiens, vers 130 ap. J-C

« Les avantages par lesquels les citoyens diffèrent entre eux sont au-delà du  caractère de citoyen. Les inégalités de propriété et d’industrie sont comme les inégalités d’âge, de sexe, de taille, etc. Elles ne dénaturent pas l’égalité du civisme. Sans doute, ces avantages particuliers sont sous la sauvegarde de la loi ; mais ce n’est pas au législateur à en créer de cette nature, à donner des privilèges aux uns, à les refuser aux autres. La loi n’accorde rien, elle protège ce qui est, jusqu’au moment où ce qui est commence à nuire à l’intérêt commun. »

« Je me figure la loi au centre d’un globe immense ; tous les citoyens, sans exception, sont à la même distance sur la circonférence et n’y occupent que des places égales ; tous dépendent également de la loi, tous lui offrent leur liberté et leur propriété à protéger ; et c’est ce que j’appelle les droits communs des citoyens, par où ils se ressemblent tous. Tous ces individus correspondent entre eux, ils s’engagent, ils négocient, toujours sous la garantie commune de la loi. Si dans ce mouvement général quelqu’un veut dominer la personne de son voisin ou usurper sa propriété, la loi commune réprime cet attentat, et remet tout le monde  la même distance d’elle-même. »

« Les intérêts par lesquels les citoyens se ressemblent sont donc les seuls qu’ils puissent traiter en commun, les seuls par lesquels, et au nom desquels ils puissent réclamer des droits politiques, c’est-à-dire une part active à la formation de la loi sociale, les seuls par conséquent qui impriment au citoyen la qualité de représentable. Ce n’est donc pas parce qu’on est privilégié, mais parce qu’on est citoyen, qu’on a droit à l’élection des députés et à l’éligibilité. »

Emmanuel Joseph Sieyès, Qu’est-ce que le tiers état ?, 1789

« Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance, il assure l’ordre ; par la résistance, il assure la liberté. »

Alain, Propos du 4 septembre 1912

« Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des Citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne, l’Etat est déjà très près de sa ruine; Faut-il marcher au combat ? ils payent des troupes et restent chez eux ; faut-il aller au Conseil ; ils nomment des Députés et restent chez eux. A force de paresse et d’argent ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie et des représentants pour la vendre. »

« Dans une Cité bien conduite chacun vole aux Assemblées ; sous un mauvais Gouvernement, nul n’aime faire un pas pour s’y rendre ; parce que nul ne prend intérêt à ce qui s’y fait, qu’on prévoit que la volonté générale n’y dominera pas, et qu’enfin les soins domestiques absorbent tout. »

« Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’Etat, que m’importe ? on doit compter que l’Etat est perdu. »

Rousseau, Du contrat social, 1762

 

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